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La Bosnie-Herzégovine est en Europe
Par Faïk Dizdarevic et Maurice Lazar
Mise en ligne : lundi 13 septembre 2004

Alors que le cas de la Turquie fait l’objet des discussions que l’on connaît, le sort des pays de l’ex- Yougoslavie restés à la porte de l’Union ne suscite guère l’intérêt de l’opinion et des milieux politiques, particulièrement en France.

Les rapports documentés qui existent sur la question, qu’ils soient produits par les services de la Commission européenne ou par des organismes de recherche indépendants, ne sont lus que par les spécialistes qui les écrivent, sans trouver d’écho à l’extérieur de ce cercle très restreint.

C’est avec une grande satisfaction que l’on salue donc le projet de « Confrontations » d’organiser prochainement, à Sarajevo, une rencontre sur le modèle qui a fait ses preuves à Budapest et à Varsovie. Avec la Serbie, le Monténégro et le Kosovo, mais pour des raisons différentes, la Bosnie-Herzégovine apparaît en effet comme le trou noir de l’Europe, concentré de toutes les carences et déficiences d’une politique sans ambition ni horizon. Le moment d’en faire le bilan et de tenter de la réorienter est particulièrement bien choisi, puisque la fin de l’année verra la relève de la SFOR sous direction de l’OTAN, par une force militaire baptisée « Althéa », sous commandement purement européen. Ce changement est censé indiquer que l’autorité de Bruxelles deviendra la principale intervenante internationale en Bosnie-Herégovine, l’OTAN ne mainten ant qu’une présence résiduelle.

La méthode « Confrontations » axée sur le débat des opinions et des intérêts exprimés par les divers secteurs de la société civile est particulièrement bien adaptée à la situation de la Bosnie-Herzégovine. Les acteurs intérieurs de la scène bosnienne pourront directement exposer leurs problèmes, montrer l’étendue du désastre que la guerre a fait subir à leur société, mais aussi révéler les potentialités qu’elle recèle en vue de son redressement. Les participants extérieurs pourront prendre la mesure des obstacles à surmonter. Au contact d’une réalité largement ignorée dans les pays de l’Europe installée, ils découvriront l’urgence d’alerter Bruxelles et les principales capitales de l’Union sur l’ampleur de l’effort à consentir pour réparer les dommages dont cette Europe est, en grande partie, responsable.

On ne soulignera jamais assez que les difficultés de la Bosnie-Herzégovine, si on les compare à celles des autres pays de l’Europe centrale ou même des Balkans, ont été aggravées par les erreurs commises par les intervenants internationaux avant, pendant et après les guerres de 1991-95. Leurs défauts d’analyse et d’exécution ont abouti à un état des choses qui paralyse toute action autonome et efficace des acteurs locaux, faute de disposer d’institutions cohérentes et viables dans le cadre d’un Etat constitué comme un ensemble. La division du pays sur des lignes « ethniques », le morcellement et le chevauchement des compétences, qui rendent impossible toute politique coordonnée sur la totalité du territoire, résultent directement de décisions prises par la « Communauté internationale », sans qu’il faille, pour autant, exonérer de leurs fautes les responsables de la régi on qui ont provoqué le séisme et les clans locaux qui s’accrochent à des positions acquises dans et par la guerre. Le protectorat qu’exerce le Haut-Représentant de la Communauté internationale ajoute à la confusion ambiante.

En centrant leurs travaux sur quelques problèmes spécifiques, les participants à l’éventuelle rencontre de « Confrontations » à Sarajevo s’apercevront qu’aucun d’eux ne pourra être traité en profondeur sans que le pays soit lui-même remis sur ses pieds. Cela se sait en Bosnie-Herzégovine, y compris, après bien des errements, dans les bureaux du Haut-Représentant, mais il manque la volonté et les moyens de mettre en ?uvre une politique de rupture avec un passé d’erreurs, ce qui requiert l’action conjointe de l’Europe et des générations montantes d’un pays à reconstruire de fond en comble. Transmettre ce message à Bruxelles, Paris et ailleurs contribuerait certainement à faire bouger les choses.

(Cet article est paru dans La Lettre de Confrontations Europe, août-septembre 2004).

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