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Récrire l’histoire du siège de Sarajevo ?
Par Christophe Solioz
Publié dans la presse : 12 juin 2003
Mise en ligne : lundi 16 juin 2003

Le Tribunal Pénal International pour l’Ex-Yougoslavie (TPIY) livrera cet été son verdict dans le premier procès qui a exclusivement Sarajevo pour toile de fond. Dans l’attente du jugement, il nous semble pertinent d’en énoncer quelques enjeux [1] et de faire un bref retour en arrière.

Rappelons-nous, c’était hier : Jour après jour, semaine après semaine, mois après mois, Sarajevo connaissait le siège le plus long du XXe siècle : 1 350 jours au total. Et ceci au vu et su de tous ! Sous les ordres – notamment – du général Stanislav Galic [2] : la ville et ses habitants étaient régulièrement et systématiquement pris pour cible, les civils dans la ligne de mire des francs-tireurs et les rues exposées aux tirs de mortier. Objectifs : tuer et blesser, certes, mais aussi et surtout terroriser une population démunie, désemparée et abandonnée par une Communauté internationale longtemps aux abonnés absents.

Les témoignages, 199 en l’espèce, sont là. Qui faisait la queue devant un magasin, qui cherchait de l’eau ou un peu de bois de chauffe, qui enterrait un proche. Et un tir de mortier ou une balle de faire mouche. Ainsi le 4 février 1994 [3], dans le quartier de Dobrinja : des personnes attendant sur le pavé la distribution de l’aide humanitaire reçoivent de plein fouet trois tirs de mortier en provenance des positions bosno-serbes situées à quelques 300 mètres delà. Bilan : 8 morts et plus de vingt blessés. Le 12 juillet 1993, un obus atteint une centaine de personnes venues s’approvisionner en eau : 12 morts, 15 blessés graves. La liste des témoignages est longue, on en fera ici l’économie. Jacques Kolp, alors membre de la Mission onusienne d’observation en Bosnie et Herzégovine, appelé récemment à la barre, de témoigner : « L’armée de la Republika Srpska savait parfaitement quelles étaient ses cibles ». Comment prétendre que cette armée-là se limitait à viser « des objectifs militaires » ? Dans sa déposition au TPIY, le major britannique Jeremy Herme confirme que les impacts ne correspondaient pas à des cibles militaires !

Le TPIY et avec lui Carla Del Ponte en ont vu d’autres. Reste que la particularité du procès du général Galic consiste dans la stratégie de défense retenue, soit la négation des faits, des crimes commis : « propagande musulmane » ou « dommages collatéraux » veut-il nous faire accroire. Jusqu’à maintenant, nous pensons par exemple au procès du général Krstic, concernant le massacre de 1995 à Srebrenica, ou encore à celui du général Blaskic, concernant les atrocités commises à Ahmici en 1993, les accusés avaient au moins eu la « décence » de ne pas nier les faits. Le jugement apportera, espérons-le, des réponses claires qui mettront enfin un terme aux polémiques et, surtout, au déni. L’établissement de la vérité ainsi que le long processus de réconciliation sont à ce prix.

Si cette guerre fut sans règle, il n’en demeure pas moins que Sarajevo, ville martyre, et avec elle toute la Bosnie et Herzégovine, était victime d’une guerre d’agression. A Sarajevo, en attendant que justice soit rendue, les blagues en disent plus que de longs discours :

« Lors d’un des nombreux bombardements de Sarajevo, Huso se hâte d’aller se réfugier dans la cave de son immeuble. Dans la cour, il voit son voisin Haso, en train de se balancer sur une balançoire pour enfants.

‘Hé ! Haso, lui dit Huso, hors d’haleine, tout Sarajevo risque d’y passer. Sauve ta tête pendant qu’il est encore temps

- Tu parles, je ne me balance pas, lui répondit Huso, je suis en train d’ « emmerder » un sniper serbe’ ».

Christophe Solioz, directeur

Forum for Democratic Alternatives [isn], Sarajevo / Genève / Bruxelles

[1] Mise en perspective critique malheureusement absente de l’article de Jean-Noël Cuenod, « L’accusé principal de la bataille de Sarajevo est défendu par un avocat genevois », Tribune de Genève, Genève, 11 juin 2003, p. 27.

[2] Commandant du corps Romanija de l’armée bosno-serbe de septembre 1992 à octobre 1994, principal inculpé du procès en question.

[3] Soit un jour avant le tir au mortier frappant en plein centre de Sarajevo le marché Markale : 66 morts, 140 blessés.

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Co-auteur avec Svebor Dizdarevic des ouvrages collectifs : La Bosnie-Herzégovine : enjeux de la transition, Paris, L’Harmattan, février 2003 & Ownership Process in Bosnia and Herzegovina. Contributions on the International Dimensions of Democratization in the Balkans, Baden-Baden, Nomos, août 2003.
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