Le portail francophone des Balkans

Balkans : la mosaïque brisée. Frontières, territoires et identités

Le nouveau livre de Jean-Arnault Dérens

Au fer rouge et autres nouvelles

« Petits peuples » et minorités nationales des Balkans

Découvrez notre nouveau cahier

Minorités et migrations en Bulgarie

Hommes et migrations N°1275

Accueil À propos du CdB Contact ( espace abonné )
Le Magazine
Naviguez sur la carte
Slovenie Croatie Bosnie Bosnie Montenegro Albanie Macedoine Kosovo Serbie Voivodine Grece Bulgarie Moldavie Roumanie Turquie
Rubriques thématiques
Guide pratique
L'Association
Forums

Découvrez
 
site rrom
 
réagir à cet article visualiser sous format pdf envoyer à un ami imprimer
Revue de la presse roumaine
Par Laure Hinckel
Mise en ligne : vendredi 28 mars 2003

La presse roumaine donne des nouvelles de tous les fronts : l’offensive de la « pneumonie tueuse » atteint la Roumanie avec un cas avéré et deux cas probables de la maladie ; le front social, très actif, voit les conflits se multiplier dans plusieurs secteurs ; dans l’interminable bataille menée depuis 12 ans déjà pour le contrôle ou l’accès aux archives de l’ancienne Securitate, les lignes sont chaque jour bombardées de déclarations aussi belliqueuses que vaines. Le conflit en Irak continue de mobiliser de nombreuses colonnes des quotidiens bucarestois.

Et c’est Evenimentul Zilei qui publie jeudi les commentaires de l’ambassadeur russe à Bucarest. Celui-ci estime que « la Roumanie se trompe mais c’est son droit souverain ». Pour le diplomate russe, « la victoire de la coalition anglo-américaine aura lieu mais ce sera une victoire à la Pyrrhus car elle mènera à la déstabilisation de toute la région. » L’entretien paraît à quelques jours de la visite du premier ministre russe Kasianov en Roumanie.

« Ils s’enlisent », le titre de Une de Ziua est tonitruant. La photo de soldats de la coalition américano-britannique dans une tranchée sableuse est dénuée d’ambiguïté et donne le ton de ces jours-ci sur les fronts irakiens.

Ironie de l’histoire, c’est mercredi, une semaine jour pour jour après le début du conflit en Irak que la Roumanie a signé le tant attendu protocole d’adhésion à l’OTAN. Tous les journaux rapportent la nouvelle, au moins en bref. Romania Libera cite lord George Robertston, secrétaire général de l’Alliance, pour qui c’est « un moment historique pour la Roumanie ». Adevarul publie une brève et dans Evenimentul Zilei, Cornel Nistorescu prend la plume au lendemain de ce grand jour et titre son éditorial « le dilemme roumain et international ». Mais que veut-il dire ? « La Roumanie a fait un pas important » écrit-il. « Du ’camp socialiste’ nous passons au ’camp capitaliste’, ce que les Roumains désirent depuis tant d’années est aujourd’hui très proche » mais « l’important est de ne pas sortir chiffonnés de la guerre en Irak ». Ainsi va le monde : « quand nous avons été invités à Prague notre enthousiasme était total. La paix ne tremblait pas comme une feuille » Entre temps - et l’éditorialiste trace le raccourci saisissant de ces derniers mois qui laisseront dans chaque camp un goût amer- « la première guerre du troisième millénaire a éclaté ». Par télévision interposée, « tout comme nous devons comprendre que le confort a une contrepartie (le travail), la sécurité a la sienne. C’est le combat ».

Bref, conclut Cornel Nistorescu, « il n’y a en Roumanie que 12 personnes qui ne sont pas au courant que la guerre a éclaté, il s’agit des candidats enfermés dans la Maison Big Brother, et au dehors, de nombreux Roumains, effrayés par ce qu’ils voient, ne savent plus de quel côté penche leur cœur ».

Cela n’empêche pas un billettiste du même quotidien de signer des mots très durs à l’adresse des pacifistes et des intellectuels de gauche du monde entier : « qu’est-ce qu’on peut dire au metteur en scène qui a injurié Bush lors de la cérémonie des oscars ? Qu’il aura peut-être le plaisir de faire un film dans un monde « saddamisé » ? Que dire aux éditorialistes français qui plaident hypocritement pour un monde multipolaire et une juste répartition des rôles entre les grands pouvoirs, aux côtés de la Chine et de la Russie ? Qu’ils essaient de faire leur travail sous Poutine ou d’augmenter leurs tirages selon les préceptes du capitalisme chinois. »

L’essayiste déplore finalement que les Occidentaux soient très doués pour parler de ce qu’ils ne connaissent pas qu’ils aient la mémoire bien courte.

Eh bien, dans un autre domaine, les Roumains font exactement la même erreur. Varujan Vosganian, économiste et ex-sénateur, met le doigt dessus et intitule son analyse, parue dans Ziua, « L’oubli du mal chez les Roumains ». Il rafraîchit la mémoire de ses concitoyens : « les nostalgies communistes de certaines personnes dans le besoin sont le résultat d’une propagande ou d’un oubli du mal ». Et de passer à la moulinette quelques poncifs qui sont bien doux aux oreilles de ceux qui en bavent et pour cette même raison ont la vie dure : il y a un million de chômeurs en Roumanie mais, « en cumulant le travail impayé, le travail forcé et les chômeurs clandestins » de la Roumanie d’avant 1989, « le taux de chômage était beaucoup plus élevé qu’aujourd’hui ». L’analyste fait un sort similaire à la baisse du niveau de vie et à la chute vertigineuse des pensions, soulignant qu’aujourd’hui l’effort de la société est beaucoup plus large : avant il n’était pas question d’attribuer la moindre pension aux « paysans des coopératives agricoles d’Etat, aux ex détenus politiques, aux personnes à handicap, aux bénéficiaires d’aide sociale ». L’analyste conclut son texte [1] en expliquant que la faute revient non pas à un « capitalisme sauvage » mais à « l’application d’une idéologie de gauche » (…) De là provient notre pauvreté et les imperfections du marché qui ont conduit à ces inégalités. L’idéologie est restée la même, seulement l’hypocrisie égalitariste a été remplacée par l’hypocrisie libérale ».

Ca sera difficile à faire comprendre aux milliers de salariés sur le point de perdre leur emploi et dont les manifestations perlées font elles aussi la une des journaux. Dans Romania Libera, Eliade Balan relève le fait qu’une délégation gouvernementale s’est déplacée à Brasov, dans le centre du pays, haut lieu de manifestations ouvrières depuis de nombreuses années. Sa mission, « éteindre le feu avant que les flammes ne se répandent plus loin ». « Les propositions faites aux leader de syndicat ne sont pas autre chose qu’une tentative pour calmer les esprits ». « La solution est bien connue : les salaires compensatoires pour chaque salarié licencié. Autrement dit, on vous donne entre 20 et 24 salaires et vous rentrez chez vous les gars ».

Des négociations sont en cours. Le journaliste propose aux lecteurs de suivre la suite des événements « par le trou de la serrure : on aperçoit déjà d’autres troubles dans les rues de Brasov. C’est encore ce qui s’est passé hier ».

La guerre, l’impuissance devant les rouages de la modernisation économique du pays, le spectacle de l’incurie des hommes politiques, il y a de quoi perdre le sens de l’humour chez les latins des Carpates : Adevarul nous apprend que « la dépression est la maladie la plus répandue en Roumanie ». Entre « 15 et 25 pour cent de la population a souffert au moins une fois de tels troubles ». Le premier centre de traitement de la dépression vient d’ouvrir ses portes à Bucarest.

La cerise sur le gâteau ? Après la scission du collège chargé de l’étude des archives de la Securitate, la commission juridique du parlement a décidé de le dissoudre. Curentul résume en citant un député du Parti démocrate qui voit là une attaque à la démocratie : « la solidarité entre le Parti social-démocrate [au pouvoir] et le Parti de la Grande Roumanie [extrême-droite, NDT] (…) est générée par des intérêts différents : le Parti de la Grande Roumanie veut la dissolution de l’institution et le Parti social-démocrate veut choisir qui doit être démasqué et qui ne doit pas l’être » [2].

[1] en ligne sur le Courrier des Balkans : Roumanie : pour en finir avec la nostalgie de l’ancien régime.

[2] lire également l’article d’Adevarul traduit par le Courrier des Balkans : Roumanie : tergiversations politiques autour des archives de la Securitate.

réagir à cet article visualiser sous format pdf envoyer à un ami imprimer
>> Voir les réactions à cet article
© 1998-2008 Tous droits réservés Le Courrier des Balkans (balkans.courriers.info) - Le Courrier des Balkans, Centre Marius Sidobre, 26 rue Emile-Raspail, F-94110 Arcueil - Tél.: 09 50 72 22 26 (prix d'une communication locale) - Ce site est réalisé avec SPIP, logiciel libre sous licence GNU/GPL - À propos du Courrier des Balkans - Pour nous joindre - Politique de confidentialité